Les dessous de Québec solidaire

Par-delà les chiffres

9 décembre 2008 · 9 commentaires

Je suis allé retrouver mes collègues cyber-militantEs à l’Amère à Boire à 18h. On voulait se voir au-delà de nos identités virtuelles, partager de vive voix nos impressions, nos pronostics, nos attentes, nos craintes. Dominique, Laurent, Anne-Marie, Sarah et moi avons trinqué et mangé avant de se rendre au Medley.

Portes closes (il était 19h45), la sécurité du Medley, habituée aux shows de metal, ne voulait pas faire rentrer cette horde menaçante de militantEs et sympathisantEs qui gelait à -20 degrés. Bon, nous avions la chance d’être dans le lobby, tous serrés : jeunes et moins jeunes, hommes et femmes, militantEs endurciEs et sympathisantEs récemment convertiEs. D’autres moins chanceux ont dû attendre dehors.

Lorsque les portes ont finalement été ouvertes, le vestiaire passé, j’ai pu observer l’état des lieux : deux gros écrans et des micros sur la scène, la régie au balcon et, au fond du premier étage, toute une rangée de journalistes cordés derrière leurs ordinateurs portables. L’atmosphère, au début, était calme mais chargée. Avec Dominique, Sarah et Laurent, je jasais de trucs et d’autres en attendant les premiers résultats. Anne-Marie s’était retirée au balcon afin de twitter dans le «calme» : on pouvait voir Viviane, Éric, Francis, Pac, Eve-Lyne et tous les autres se promener d’un bord et de l’autre, s’envoyer des messages avec leurs radios, répondre à 4 cellulaires en même temps et boire des gorgées de bière au passage.
À mes côtés, on faisait des blagues, on suivait les résultats, et Laurent confirmait sa dépendance au web, toujours les yeux rivés sur son Ipod Touch (nous en avons profité quand même !).

Amir allait gagner, nous le sentions. À chaque fois que ses résultats étaient affichés sur les écrans s’ensuivait une ovation à tout rompre. Alexa nous a ensuite appris la triste nouvelle de la défaite de Françoise, qui d’ailleurs semblait se tenir en équilibre entre la joie et la déception. L’annonce de la démission de Mario Dumont est toutefois venue chasser le nuage et provoquer une salve d’applaudissements. Puis, il y a eu les discours. Que tous ceux qui cassent du sucre sur le dos des immigrants viennent me prouver qu’ils connaissent mieux leurs références culturelles qu’Amir : peu de gens sont en mesure de citer Miron, Godin et Dubois avec autant d’habileté que notre porte-parole. Je crois qu’il y a quelques personnes qui ont dû s’étouffer avec leurs chips en l’entendant hier soir.

Ensuite, la salle s’est graduellement vidée. J’ai fait le tour de mes connaissances dans le milieu militant de QS, de Marie à Roger en passant par Étienne et Laury, tous semblaient être dans le même état que moi : entre la joie, l’incrédulité et le questionnement sur l’avenir.
Nous avons un député !
Nous serons dans les tribunes !
Enfin la gauche à l’Assemblée Nationale !
… mais nous avions peine à y croire. C’est le rêve de 3 générations que nous venions de voir se réaliser, et tout ça, le passé de la campagne, le présent de la soirée et l’avenir à l’Assemblée, tout était énorme, immense. Comme l’a dit Éric, dans l’un de ses nombreux élans hegeliens : «Nous sommes arrivés à ce qui commence.»

Ensuite, j’ai donné un mini coup de main pour le démontage, puis rôdé dans le backstage. L’atmosphère y était pour le moins particulière : Amir qui parle avec sa famille et qui me donne un chargeur de batterie, Simon qui boit du scotch à la bouteille (je n’ai pu résister à lui en arracher quelques gorgées), tout le monde qui cherche tout le monde dans ces corridors étroits, les gardiens de sécurité qui nous disent en franglais que le vestiaire va fermer, Anne-Marie qui disparaît sans cesse.
Finalement, Sarah, Anne-Marie, Simon et moi avons pris le taxi jusqu’au Dieu du Ciel, où le party de fin de soirée battait son plein : comme une grosse famille entassée dans un espace trop petit, nous avons bu et dansé, jasé et célébré.
Quelques mots avec Éric
Discussion avec Guillaume, Marie et Sarah
Trinquer avec Amir
D’autres échanges avec Éric
Saluer Manon
Accolades multiples avec Sébastien, Simon, Alexa, Roger
High-Five avec Luis
Danser avec Anne-Marie, Sarah, Simon, Marie, Sébastien, Amir, Alexandre et d’autres gens dont je ne connais pas le nom
Rentrer chez moi et me coucher avec le sourire

Il faut désormais préparer la suite des choses, mais pour l’instant je demeure baigné dans l’impression que j’ai assisté à l’histoire qui se faisait et qui se fait encore. Entre le bruit des mains qui claquent, les cris de joie, la musique sur la piste de danse, les lumières du bar, les sourires des gens et la franche camaraderie de ceux et celles qui ont oeuvré à un but commun, je me suis rappelé des raisons pour lesquelles je fais de la politique.

-Ludvic Moquin-Beaudry, co-responsable des cyber-militantEs

ps.: Laissez-nous vos impressions, vos histoires sur la soirée électorale.

Catégories : Cyber-militance · Militant-e · Montréal

9 réponses jusqu'à présent ↓

  • Eric Baillargeon // 9 décembre 2008 à 4:37

    Un gros bravo et surtout prières et supplications de montrer aux autres vieux dinosaures que l’aventure d’une élection ne s’arrête pas après le scrutin et que la communication se fasse en continu pour pouvoir générer un tsunami lors du prochain rdv.

  • kannoneko // 9 décembre 2008 à 6:40

    C’est ce qu’on veut, hein !

    On a 4 ans pour faire le travail ;)

  • Francis Ménard // 10 décembre 2008 à 1:53

    Ma soirée électorale : une belle nuit de sommeil!, quoique perturbé par les possibles résultats que j’aurais à constater à mon réveil… Étant de l’autre côté de l’atlantique et en pleine période d’examen, je n’ai pas pu suivre la soirée en direct, malheureusement.

    Mais juste avant de partir à un examen tôt mardi matin, j’étais heureux de voir qu’Amir avait gagné sur la page couverture du Devoir. Visite rapide sur le site de QS : déjà une vidéo en ligne avec le site mis à jour! Il était à peine 12 h 30 au Québec — félicitation! J’ai pu vivre un peu l’émotion à quelques heures d’avis.

    Pendant mon examen, Cédric, un étudiant québécois à Montpellier lui aussi, m’envoie un message texte : « Le garagiste de l’ADQ a encore gagné dans mon comté, mais au moins Amir a gagné. Ah pis Mario a démissionné. »
    C’était d’ailleurs la nature du seul courriel que j’ai reçu concernant les résultats électoraux : « Mario a démissionné. Live! »
    Voilà de quoi pour me concentrer pour un examen sur la très noble monarchie française du 17e siècle!

    « C’est le rêve de 3 générations que nous venions de voir se réaliser »
    Je crois que tu as raison sur ce point Ludvic. Je ne crois pas que c’est un secret qu’Andrée Ferretti, ancienne militante à gauche du RIN, a voté QS à cette élection-ci, le publiant même dans Le Devoir. Dans un courriel intitulé « Espoir, quand tu nous tiens… » qu’elle a envoyé la veille des élections, elle a réitéré son souhait de voir Françoise et Amir élu-e-s. Québec solidaire a réussi à rassembler autour de lui plusieurs générations; encore une fois, félicitation.

    Je retourne à ma réalité temporaire : Sarkosy et le PS plus proche des gens que jamais!

  • Francis Ménard // 10 décembre 2008 à 2:00

    Ah et aussi : « Avec 3,79 % des suffrages, QS n’a en effet pas amélioré de manière significative ses appuis au sein de la population. Pis, dans l’absolu, le parti de gauche a même perdu l’appui de 21 000 électeurs, par rapport à 2007, «mais vous savez pourquoi? lance Mme David. C’est à cause du taux de participation le plus bas depuis 1927.» » (Le Devoir, 10 décembre)

    Le taux de participation est un acteur majeur, mais je suis surtout convaincu que pour un jeune parti politique, sa force sera d’amener les électeurs à sortir voter pour lui malgré la morosité d’une élection; il ne doit pas compter sur le bonus à l’urne pour augmenter son % d’appui ou le nombre absolu de ses votes…

    Vous voyez que je ne suis pas très partisan du « c’est pas de ma faute », d’autant plus que ça réduit considérablement les chances de faire une rétrospective de qualité… j’ai trop vécu cela ailleurs…

  • Noix de guerre // 10 décembre 2008 à 11:41

    @francis ménard Vrai, très vrai. Il y a plus à dire que ce que nous contrôlons pas, ou peu. Mais tout de même, il ne faut pas négliger le peu contrôlable.

    Par contre, je ne pense pas qu’il faille “officiellement” dire nos faiblesses avant de prendre un peu de recul. Le travail de cette campagne a été un travail de centaines, de milliers de bénévoles, répartis dans plusieurs équipes qui travaillaient sur des dossiers différents.

    Plusieurs critiques pourront être faites, mais je crois qu’il est sain d’attendre de se rencontrer, de parler et de voir les analyses des autres pour pouvoir faire un véritable constat.

    Dans le peu contrôlable, notons tout de même la crise à Ottawa (qui a plus mobilisé les gros parti que nos militants et militantes), la faible couverture médiatique (et en particulier à Québec) et le silence qu’il y a eu sur notre stratégie web, à l’extérieur du web.

  • Noisette Sociale // 10 décembre 2008 à 12:12

    “Bon, nous avions la chance d’être dans le lobby, tous serrés : jeunes et moins jeunes, hommes et femmes, militantEs endurciEs et sympathisantEs récemment convertiEs. D’autres moins chanceux ont dû attendre dehors.”

    J’y étais! On s’est probablement vus sans savoir… ;)

    Tu rends bien l’esprit de la soirée, j’étais bien contente d’assister à ça. C’était malade, à chaque fois qu’on montrait les résultats partiels dans Mercier avec Amir, toujours en tête… Wow!

    Au plaisir!

  • Sylvain Bérubé // 10 décembre 2008 à 5:02

    En Estrie, nous étions plus d’une centaine à s’être retrouvés au Bar Le Magog. Deux écrans géants nous permettaient de suivre le dévoilement des résultats, puis par moment nous switchions au site du DGEQ pour annoncer les résultats des six candidat-e-s en Estrie.

    Les moments forts où l’audimètre était dans le rouge :

    – lors de la présentation des candidat-e-s de l’Estrie en début de soirée

    – à chaque fois que les résultats dans Mercier étaient visibles à l’écran

    – à l’annonce officielle de la victoire d’Amir

    – lorsque Amir a mentionné Sherbrooke dans son discours

    – à l’annonce du départ de Mario Dumont (na-na na na! na-na na na! hey hey hey! gooood-bye!)

    – les discours de Christian Bibeau (candidat à Sherbrooke) et de Patricia Tremblay (candidate à Orford)

    – lorsque Réjean Hébert (PQ) a surpassé Monique Gagnon-Tremblay dans St-François, circonscription incluant une partie de la ville de Sherbrooke (se fut la seule fausse joie)

    La bière était bonne et bien mérité. L’ambiance était géniale!

  • Francis Ménard // 11 décembre 2008 à 12:54

    L’approche de Foglia sur le taux de participation au vote est intéressante:
    http://www.cyberpresse.ca/opinions/chroniqueurs/pierre-foglia/200812/10/01-809347-les-scouts-et-les-autres.php

  • Dominique Ritchot // 13 décembre 2008 à 4:05

    Je suis toujours perchée sur mon nuage rose, 6 jours après cette soirée historique… et je commence à peine à réaliser la tâche qui nous attend. Malheureusement, les circonstances professionnelles ne m’ont pas permis de prendre une part plus active à la campagne.

    J’ai passé la soirée électorale à Sorel, à l’invitation de notre candidat dans Richelieu, Paul Martin, son épouse et Robert Dumont, tous des militants de longue date (UFP et QS). Nous avons suivi le déroulement de la soirée confortablement installés dans le sous-sol, branchés sur la radio locale (CJSO), la télé (SRC) et le site du DGEQ.

    La fébrilité a marqué le début de la soirée, surtout à la vue du sigle de QS toujours apparent dans les partis en tête… et finalement, LA nouvelle de l’élection d’Amir dans Mercier a ouvert les vannes des larmes de joie (du moins pour moi…) et de la jubilation.

    Notre candidat a donné une entrevue à la radio locale en célébrant la formidable opportunité qu’offre la présence d’un premier député de QS à l’Assemblée nationale, et n’a pas manqué de souligner la pertinence de notre formation dans le débat public, car Sylvain Simard, le député péquiste réélu dans Richelieu, a repris à son compte sa priorité de se préoccuper du décrochage scolaire dans la circonscription !

    Depuis 10 ans que nous travaillons à l’unification de la Gauche québécoise, chacun et chacune de nous uniEs dans un même objectif, celui de faire avancer la justice sociale et la protection du bien commun.

    Nous avons plusieurs raisons de nous réjouir : nous avons augmenté nos appuis (tant au niveau local que national) et coiffé les Verts dans plusieurs circonscriptions, et ce, malgré la couverture médiatique, statistiquement parlant moins importante que lors de la campagne de 2007 !

    En parlant de couverture médiatique, nous en avons une toute une en étant la première formation politique à faire son entrée dans la soirée électorale ! Il fallait que je me pince pour réaliser que c’était bien Françoise David qui ouvrait le bal ! Et vous en connaissez beaucoup, vous, des députés qui récitent des poèmes en guise de discours d’acceptation ?

    Bien sûr, nous espérions un doublé, mais comme disait l’autre… si je vous comprend bien, vous me dites : à la prochaine fois ! J’espère que cette prochaine fois arrivera avant quatre ans pour Françoise et pourquoi pas, pour François Saillant, Patricia Tremblay, Bill Clennett et bien d’autres !

    Eh, que ça fait du bien de gagner !!!

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